La centrale-musée de Lemoniz

La centrale nucléaire désaffectée de Lemoniz est intéressante par un point : elle n’a jamais servi. Nichée dans un écrin de verdure, sa structure des plus imposantes est encore debout. Fermée à toute visite depuis plus de trente ans, elle ouvre aujourd’hui ses portes au public en tant que mémorial. Les différentes parties en seront restaurées au fur et à mesure des visites, des dons, et des subventions. Pour le responsable du projet Miguel Esperanto, la suite est claire : Lemoniz sera la dernière centrale à tenir debout.

Lemoniz. Cette centrale côtière se situe entre Saint-Sébastien et Bilbao sur l’océan Atlantique, dans un de ces vallons escarpés typiques du Pays basque. Derrière les grilles auparavant surveillées par une brigade de la Guardia Civil, se trouve l’immense carcasse de béton et de métal de l’unique réacteur, dont la couleur ocre fait écho aux rochers du bord de mer. On peut désormais entrer dans la cour, prendre un verre au bar du musée, géré par Miguel Esperanto.

« Lemoniz est redevenu la propriété des vautours. Tant mieux. J’ai travaillé longtemps dans le nucléaire civil pour des sous-traitants d’Engie et Areva. Un ami à moi est mort d’un cancer du poumon contracté suite à des expositions fortes et répétées. On connaissait tous le risque, on savait qu’on prenait la dose. Mais je ne pouvais pas lâcher mon boulot, à chaque fois je me disais que c’était le dernier contrat. Et à chaque fois j’en resignais un. C’était pas si mal payé. En tout cas la catastrophe du 8 juillet m’a coûté cher. J’étais affecté au Tricastin, j’ai bien failli y rester. »

Après l’accident, et alors qu’il est gravement brûlé, Miguel est soigné à Brest. Remis sur pieds, il décide de rentrer au pays. En 2017, l’Etat espagnol avait soldé les compensations dues à l’exploitant Iberdrola pour la non-exploitation de la centrale. L’électricien espagnol avait alors rétrocédé le bâtiment à la Communauté autonome basque. Miguel expose alors l’idée de son musée aux élus locaux, qui approuvent le projet, nostalgiques sans doute de la mobilisation locale qui était parvenue à bloquer la construction de la centrale.

« Le but est d’arriver à mettre en place un parcours au sein de la centrale. Mais on ne va pas tout restaurer. Le réacteur sera transformé en salle de conférence et son cœur en mémorial dédié aux victimes de l’atome. »

La fondation montée par Miguel Esperanto se finance principalement par des dons, venus de divers endroits du globe. Du Japon notamment, où l’ancien Premier Ministre Naoto Kan a organisé de nombreuses soirées de financements, des États-Unis, de France aussi, même si la conjoncture y est difficile, du fait de la récession post-catastrophe.

Le musée est petit, mais assez reconnu pour accueillir une centaine de touristes par jour. Une grande partie du complexe est encore recouverte par les herbes : là où est le nucléaire, le temps semble parfois s’éterniser. Sous les pousses, la terre aurait-du être irradiée. C’est maintenant une jungle, comme Tchernobyl, mais qui n’a elle jamais fait les frais de la folie des hommes.

Crédits images : http://agence-bien.org/credits-photo-lemoniz/

Sophie Bouly
Journaliste indépendante #nature #sport. Spécialiste en biologie des organismes. Chargée de couvrir TRICASTIN2018 par l'agence BIEN.

2 thoughts on “La centrale-musée de Lemoniz

    1. Bonjour,

      Non malheureusement je n’en ai pas sous la main. Je connais juste son histoire globale et celle de son abandon. Elle est en outre bien protégée mais la personne a qui j’ai demandé les photos ne m’a jamais répondu quand à la possibilité d’en avoir d’autres.

      Désolé ne de pas pouvoir vous aider plus.
      Cordialement,

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