Chasse, pêche, nature et radiations

La nature semble reprendre ses droits dans la zone évacuée du Tricastin. Mais les impressions peuvent être trompeuses…

Le 4×4 avance prudemment sur le chemin forestier, envahi par des jeunes pousses d’arbres. « On peut imaginer que d’ici cinq ans, ce chemin aura quasiment disparu » explique Lana Duvier, chercheuse biologiste au CNRS et chargée d’étudier l’impact de la catastrophe sur la biodiversité. Le dosimètre installé en évidence à côté du GPS nous rappelle que nous ne sommes pas pour autant dans le jardin d’Eden. La radioactivité est partout. Lana note régulièrement les mesures et les coordonnées GPS. Elle partagera ensuite ces données sur les réseaux open-source mis en place par la communauté scientifique pour étudier les conséquences de la catastrophe du Tricastin.

 

Mais le cœur de la mission de Lana est de relever les pièges à oiseaux qu’elle a placée dans le P.A.R.I. (Périmètre à Accès Réservé et/ou Interdit). L’expérience s’inspire du travail du professeur Mousseau à Pripyat. « Les oiseaux sont d’excellents sujets d’étude, explique Lana. Ils évoluent sur des zones assez larges et nous bénéficions de données comparatives grâce aux recherches de Mousseau à Tchernobyl. Son étude vient d’ailleurs battre en brèche l’idée selon laquelle la zone contaminée de Tchernobyl verrait une prolifération encourageante des populations animales. Ce qui est vrai, mais n’est pas lié aux radiations. S’il y a plus d’animaux à Tchernobyl aujourd’hui, c’est parce que l’homme a abandonné les lieux.”

Par ailleurs l’état de santé des populations animales et végétales laisse songeur : malformations, cancers, dysfonctionnements génétiques, infertilité, la liste des conséquences de la radioactivité sur le vivant est inquiétante. « Les radiation détruisent les organismes, réduisent le taux de fertilité et entraînent l’extinction totale de certaines espèces au niveau local, complète Lana. Par exemple, si les arbres de Fukushima ne se décomposent pas, ce n’est pas parce que la radioactivité conserve mais bien parce que les micro-organismes qui les décomposent sont détruits. C’est ce qui est en train de se passer aujourd’hui autour de Pierrelatte, Lapalud, Saint-Restitut. »

Les études de Lana et ses confrères balayent donc les fausses théories qui circulent sur le net, sur les pseudos vertus de la radioactivité. Pour Lana, ces idées reçues ont une origine claire : “Nous constatons le début d’une augmentation de la biomasse autour du Tricastin, c’est indéniable. Les autorités, avec la complicité de quelques scientifiques peu regardants, ont mis cette information en avant, tout en occultant la réalité sanitaire dégradée de cette biomasse. Mais cela relève de l’imposture : s’il est effectivement impossible d’affirmer que les radiations détruisent la faune et la flore, il est tout aussi  impossible d’affirmer le contraire.”

 

Ahmed Brahima
Passionné de #ski, amateur de montagne et voyageur à mes heures perdues, je me promène aujourd'hui dans la zone P.A.R.I de #tricastin2018 et je m'occupe particulièrement de l'info animalière en direct.

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