La marche silencieuse

Vaasil Belach est le premier ouvrier de sous-traitance à décéder des suites de la catastrophe nucléaire du Tricastin. Sa maladie n’est pas encore reconnue par le secteur : aujourd’hui, ses amis se rassemblent devant le réacteur en démantèlement de la centrale de Brennilis. À l’ordre du jour : marcher et échanger, pour mieux se souvenir.

 

Ils sont cinq-cents à avoir marché ce matin devant la centrale nucléaire de Brennilis. Cette dernière, doyenne des centrales françaises, est en démantèlement depuis 1985. Ils marchent pour Vaasil. Le jeune homme, d’origine slovaque, a passé toute sa jeunesse à Brest. Reparti en Slovaquie en 2014, il est revenu en 2017 pour travailler dans une entreprise sous-traitante d’EDF.

Ses amis se souviennent : 

« Il était passionné par l’atome, et quand il a raté ses études d’ingénieur, il est retourné à Mochovce pendant trois ans mais il voulait revenir en France travailler dans des centrales. Le problème c’est que la sous-traitance, c’est l’affaire de la viande à rems. Il a pris toutes sortes de radiations… Il en a même fait un rap. À la fin il avait peur. »

 

Vaasil est rentré de l’accident du Tricastin sain et sauf, mais près d’un an plus tard, il est mort des suites d’une leucémie que personne encore ne reconnait comme maladie professionnelle. Ni feu Areva, ni EDF, ni le gouvernement n’acceptent de prendre cette maladie à leur compte.

 

Sa mère, en larmes à la manifestation, a accepté nous a accordé ces quelques mots :

« À la fin de la maladie, je ne le reconnaissais même plus. Il n’a jamais parlé de ce qu’il faisait dans les réacteurs. C’était tabou. Et mortel. Je ne le souhaite à personne. Il faut en parler, il faut que les gens soient au courant… »

https://www.flickr.com/photos/amandahinault/

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