La petite maison dans le P.A.R.I.

Elle est pillarde depuis près de trois mois. Il était chargé de l’extinction du coeur radioactif. Leur colocation est en passe de se transformer en communauté de “stayers”, au coeur du Périmètre à Accès Réservé ou Interdit (PARI).

 

Il y a d’un côté Sarah, qui habitait dans la zone avant sa désertification : Grignan plus précisément. Pour les populations voisines c’est une pillarde.

“On la voit passer avec un sac à dos, on ne sait pas trop ce qu’elle trafique. On n’aime pas trop les voleurs”, nous confie Yves, un retraité habitant à la limite du PARI, la zone de quarantaine délimitée par le Préfet Salvay.

Mais la jeune femme se rend dans la zone avec un but louable : “Quand les gens ont quitté les lieux, ils ont abandonné nombre d’objets d’art. Le château de Grignan a même été laissé en l’état. C’est une grande partie du patrimoine de la région qui a été irradié. Je ramène des objets et je les nettoie. Je fais attention à ne pas prendre de toiles de peinture, de tapisseries : elles sont trop compliquées à laver. Ça les abimerait.”.

 

Chaque jour, après avoir passé deux ou trois heures dans des monuments abandonnés, elle rentre à Cruas.

 

“ J’ai été épargnée par la catastrophe. J’étais en Allemagne. Quand je suis rentrée, des barrages m’interdisaient de rentrer chez moi mais le périmètre a été réévalué depuis. La vallée est sinistrée. La centrale de Cruas par exemple, a du être arrêtée immédiatement. Tous les jours j’assiste à de nouvelles opérations de démantèlement : des camions qui passent, qui transportent des déchets jusqu’à la voie ferrée.”

L’Allemagne. Sarah y a déménagé en 2015. Diplômée d’un master en restauration de pièces d’art, elle n’avait pas trouvé de travail en France.

 

“Ici, il n’y avait pas de travail. J’ai décidé de partir et j’ai trouvé mon bonheur à Hanovre. Quand j’ai vu que ça avait pété, je me suis dit : où vont passer tous les objets et oeuvres d’art ? J’ai décidé de revenir. Je ne revends pas, je stocke. J’ai même monté un site hébergé en Italie pour rendre, contre preuves, des objets aux habitants. Parfois même, ce sont eux qui me contactent : ils veulent me donner les clés, ils veulent que je leur ramène un peu de leur vie en somme…”

 

Quand Sarah n’est pas là pour accueillir les clients, c’est Jean qui s’en charge. Pompier de carrière, Jean a aidé à l’extinction du réacteur. Il était là lors du crash du Canadair “Icare”. C’est en quelque sorte l’équivalent moderne des liquidateurs de Tchernobyl. Un mois après, il a contracté un cancer de la thyroïde, fort heureusement soigné à temps.

Jean n’est pas près d’abandonner son terroir, alors il a élu domicile avec son amie pour partager les réserves de bois, de pétrole et le peu d’électricité qu’ils arrivent à produire.

Une troisième personne va bientôt les rejoindre : Franck apportera son expertise en radiations aux deux stayers.

 

Jean conclut :

“Notre but est de rapatrier le plus d’objets possibles. Certaines personnes ont beaucoup de mal à se remettre de la disparition de leurs repères, leurs habitudes, alors on enfile nos combinaisons jaunes et on essaye d’aider. Comme c’est une initiative assez originale, on arrive à vivre de dons et de mécénat. Malheureusement, on ne récupère que des trucs hors de la zone de treize kilomètres. Passée cette limite ils sont trop irradiés.”

 

Le Préfet Salvay, chargé de la gestion post-catastrophe, ne considère pas Sarah et Jean comme des esthètes sensibles à la sauvegarde du patrimoine : « ce sont des pirates ! » a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse consacrée à la sécurité du PARI, tout en reconnaissant son absence de moyens pour contrôler leur activité.

Bertrand Renoir
Chargé de couvrir TRICASTIN2018 par l'agence B.I.E.N. Responsable éditorial du service TRICASTIN2018.

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