EDF : une nationalisation sans étincelles

La nouvelle n’aura surpris personne : trois ans après l’avoir recapitalisé à hauteur de trois milliards d’euros, l’Etat s’apprête à nationaliser purement et simplement EDF. L’énergéticien, dont la valeur en Bourse avait fondu quelques jours après la catastrophe du 8 juillet (sa cotation avait même été suspendue pendant deux mois par l’AMF), n’a pas pu faire face seul au coût exorbitant de la liquidation du Tricastin.

Déjà Henri Proglio, le Ministre de l’Energie, avait cédé en octobre dernier le contrôle d’Areva, ou du moins de ce qu’il en restait, au russe Atomenergoprom. Quelques mauvaises langues avaient alors imaginé que M. Proglio tenait là sa revanche face à un groupe industriel qu’il abhorrait quand il était PDG d’EDF, entre 2009 et 2014, tout en donnant satisfaction à une entreprise russe amie. En réalité, la situation catastrophique de l’ancien fleuron du nucléaire imposait cette décision radicale, pour stopper l’hémorragie. L’Etat contribuait jusque-là à fonds perdus pour sauver à tout prix les reliques d’une filière nucléaire en ruine. En tout, Areva aura englouti près de vingt milliards d’euros d’argent public. Et l’addition n’est pas complète, puisque l’Etat attend encore le verdict de la procédure arbitrale devant la Chambre de commerce internationale (ICC) intentéepar la Finlande contre Areva, suite au retard de l’EPR de Olkiluoto (la centrale devrait enfin démarrer en 2021). Un risque à trois milliards d’euros que Atomenergoprom, prudent, n’a pas voulu reprendre avec les actifs d’Areva.

Pour EDF la situation est différente mais le résultat identique : c’est encore de l’argent public qui sera mobilisé pour financer le chantier du Tricastin (chantier dont personne, pas même un ingénieur X-Mines, ne se risquerait à estimer la durée et le coût final). La décision de M. Proglio était donc inévitable. Elle n’a d’ailleurs provoqué qu’un sentiment de gêne dans les rangs de l’opposition socialiste : « sur le nucléaire désormais, il vaut mieux qu’on ne la ramène pas », a ainsi estimé, sous couvert de l’anonymat, un député PS à la sortie de la commission parlementaire qui auditionnait M. Proglio.

De son côté M. Juppé était en visite hier à Bruxelles, où il a obtenu la confirmation de M. Juncker que la Commission Européenne examinerait le budget 2020 de la France avec mansuétude. Le gouvernement a donc les coudées franches pour venir en aide à la filière nucléaire, sans se soucier du déficit. Une bonne nouvelle, au vu de l’actualité des prochains jours : l’énergéticien Engie a en effet annoncé un conseil d’administration extraordinaire pour la fin mai, en réaction à la décision belge de fermer les centrales nucléaires du plat pays dès le 1er janvier 2020. Engie pourrait annoncer des pertes record… et solliciter le soutien de l’Etat pour ne pas sombrer.

Bertrand Renoir
Chargé de couvrir TRICASTIN2018 par l'agence B.I.E.N. Responsable éditorial du service TRICASTIN2018.

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