Chasse à court de volontaires

Le soleil se lève sur un vallon de Saint-Andéol de Berg. Gilles et Cécile sont cachés dans un abri de battue au sanglier. Ici, pas de braconnage pittoresque de la bartavelle mais un travail sinistre : tous deux sont chargés de chasser les animaux migrant vers le nord.

 

Il y a d’abord une détonation, un bruit retentissant dans ce coin réputé paisible, surtout depuis que la population l’a quitté. Ensuite, c’est la cohue, un peu plus bas, dans une forêt de pins. Bruits de branches qui se cassent, hurlements funestes d’un animal blessé : tout laisse à penser que la bête a été touchée. Mais quand sortent deux marcassins d’un fourré tout proche, les gâchettes se relâchent et les fusils se baissent.

Les chasseurs semblent abasourdis, Lydia nous raconte  :

 

“ On est obligés de les tuer, tous. Moi je ne chassais pas avant. Je n’ai jamais aimé ça, mais les marcassins, c’est les pires. Ils sont plein de Césium 137 et ils n’ont peur de rien. Ils s’approchent des habitations, et les enfants les adorent parce qu’un marcassin, c’est assez mignon. Alors on leur tire dessus. On essaye de faire ça avec un minimum d’humanité mais il ne faut pas traîner non plus. Là par exemple, on ne sait pas si on a touché la mère. Une charge de sanglier adulte, c’est extrêmement dangereux, même sans radioactivité.”

 

Gilles n’a pas une âme de chasseur non plus. Né dans le Nord de la France, ce contrôleur des impôts est descendu en Ardèche pour vivre avec Cécile. Rien ne le destinait à sa tâche du jour.

“ La chasse ne m’a jamais intéressé. Je ne pouvais pas ôter la vie à une créature aussi facilement que ça. Maintenant, je n’ai plus le choix”

La scène à laquelle nous assistons est surnaturelle. Les marcassins se sont arrêtés pour renifler une bruyère à cinquante mètres de l’abri. Personne ne tire. L’ambiance est extrêmement lourde. Nous décidons de remonter avec Cécile le long d’un sentier escarpé pour placer des collets. Derrière nous, une vingtaine de secondes plus tard, résonnent deux détonations, comme deux cris de détresse de cet endroit que tout semble avoir abandonné.

“Il faut faire attention à ne pas tirer non plus sur tout ce qui bouge, précise Cécile. Avec les stayers et les pillards qui se baladent dans la zone, c’est un miracle qu’il n’y ait pas encore eu d’accident !”

Gilles revient vers nous. Il râle : “on n’est pas assez nombreux ! Les volontaires manquent, franchement je me demande ce qu’attend le préfet pour réquisitionner des réservistes !”

Comme pour confirmer son analyse et le narguer, une biche traverse le chemin à moins de dix mètres de nous.

Sophie Bouly
Journaliste indépendante #nature #sport. Spécialiste en biologie des organismes. Chargée de couvrir TRICASTIN2018 par l'agence BIEN.

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